Muhammad ﷺ est le Prophète de l'islam. Né à La Mecque en 571, orphelin, commerçant réputé pour son honnêteté, il reçoit à quarante ans, en 610, la révélation du Coran. Persécuté, il émigre à Médine en 622 (l'Hégire, an 1 du calendrier musulman), y fonde la première communauté musulmane et meurt en l'an 11 de l'Hégire (632), à soixante-trois ans. Il est le dernier des prophètes et le modèle à suivre. Sa biographie s'appelle la sîra.
Son nom et les formules qui l'accompagnent
Le nom Muhammad (محمّد) vient de la racine arabe h-m-d, « louer ». Il signifie « celui qui est loué », « digne de louanges ». Le Coran le nomme quatre fois sous ce nom (3 : 144 ; 33 : 40 ; 47 : 2 ; 48 : 29) et une fois sous la forme Ahmad (61 : 6), de même racine. Ce prénom, rare avant lui, est devenu le prénom le plus porté au monde. Nous lui avons consacré un article sur l'histoire du prénom Muhammad.
En français, on rencontre plusieurs graphies : Muhammad (translittération de l'arabe), Mohammed et Mohamed (formes usuelles au Maghreb et en France), et Mahomet, forme française ancienne héritée du latin médiéval. Cette dernière, longtemps la seule en usage, est aujourd'hui délaissée par les musulmans francophones, qui lui préfèrent une forme proche de l'arabe.
Après son nom, les musulmans ajoutent une formule de respect : ﷺ, ligature arabe de sallâ Llâhu ‘alayhi wa sallam, « que Dieu prie sur lui et le salue », souvent traduit par « paix et bénédictions sur lui ». Les abréviations sws, saw, saws ou pbsl (« paix et bénédiction sur lui ») en sont des équivalents écrits. Le Coran y invite directement : « Dieu et Ses anges prient sur le Prophète ; ô vous qui croyez, priez sur lui et saluez-le » (33 : 56).
Naissance et jeunesse à La Mecque
Muhammad ﷺ naît à La Mecque, dans l'ouest de l'Arabie, un lundi matin, le 9 Rabî‘ al-Awwal de l'« année de l'Éléphant », soit avril 571 de notre ère. Sa naissance est commémorée lors du Mawlid. Il appartient au clan des Banû Hâshim, de la tribu de Quraysh, gardienne de la Ka‘ba. Sa généalogie remonte à Ismaël et Abraham. Notre arbre généalogique de Quraysh situe sa lignée parmi les clans de la ville.
Son père, ‘Abdallâh, meurt avant sa naissance. Selon la coutume mecquoise, l'enfant est confié à une nourrice du désert, Halîma, chez les Banû Sa‘d. Il a six ans quand sa mère, Âmina, meurt sur le chemin du retour de Médine. Son grand-père ‘Abd al-Muttalib le recueille, puis, quand il a huit ans, son oncle Abû Tâlib, qui le protégera toute sa vie sans embrasser l'islam.
À douze ans, il accompagne son oncle dans une caravane vers la Syrie. À treize ans, il garde les troupeaux des Mecquois, puis apprend le commerce. Ses concitoyens le surnomment al-Amîn, « le digne de confiance », et al-Sâdiq, « le véridique ». À trente-cinq ans, lors de la reconstruction de la Ka‘ba, c'est à lui que les clans confient l'arbitrage sur la remise en place de la Pierre noire, qu'il fait porter par tous dans un manteau. Il se tient à l'écart du culte des idoles et se retire régulièrement pour méditer dans une grotte du mont Hirâ’, au-dessus de la ville.
Khadîja et la vie avant la révélation
À vingt-cinq ans, il conduit une caravane pour le compte de Khadîja bint Khuwaylid, une riche commerçante veuve. Impressionnée par son honnêteté, elle lui propose le mariage. Elle a, selon la tradition la plus courante, une quinzaine d'années de plus que lui. Leur union dure vingt-cinq ans, jusqu'à la mort de Khadîja, et il ne prend aucune autre épouse de son vivant.
De ce mariage naissent six enfants : deux fils, al-Qâsim et ‘Abdallâh, morts en bas âge, et quatre filles, Zaynab, Ruqayya, Umm Kulthûm et Fâtima. Khadîja sera la première à croire en sa mission et son principal soutien. Son témoignage en faveur de sa moralité, au soir de la première révélation, est l'un des plus beaux portraits du Prophète ﷺ avant la prophétie.
La révélation et la période mecquoise (610-622, de l'an 1 à l'an 13 après la révélation)
À quarante ans, le lundi 21 Ramadan 610, alors qu'il médite dans la grotte de Hirâ’, où il se retire depuis trois ans, l'ange Gabriel lui apparaît et lui transmet les premiers versets du Coran : « Lis, au nom de ton Seigneur qui a créé… » (96 : 1-5). Bouleversé, il rentre auprès de Khadîja, qui le rassure et l'emmène consulter son cousin Waraqa b. Nawfal, un chrétien lettré, qui reconnaît en lui le Prophète annoncé. La révélation se poursuivra pendant vingt-trois ans, jusqu'à sa mort, et formera le Coran. C'est à partir de cette date que se comptent les années de la période mecquoise.
Les premiers à croire sont Khadîja, son cousin ‘Alî, encore enfant, son affranchi Zayd b. Hâritha et son ami Abû Bakr. Après trois années de prédication discrète, en l'an 4 après la révélation (613), il appelle publiquement les Mecquois à adorer le Dieu unique, depuis la colline de Safâ. Les notables de Quraysh, dont le culte des idoles assure le prestige et la prospérité de la ville, le raillent puis le combattent. Les musulmans sans protection tribale sont torturés : Bilâl, Khabbâb, ‘Ammâr et ses parents, Sumayya, première martyre de l'islam.
En l'an 5 après la révélation (614), le Prophète ﷺ envoie une partie de ses compagnons se réfugier en Abyssinie (l'actuelle Éthiopie), auprès d'un roi chrétien, le Négus. Le discours de Ja‘far devant ce roi résume ce qu'est alors l'islam pour ses premiers fidèles. À La Mecque, Quraysh impose aux Banû Hâshim un boycott de trois ans, de l'an 7 à l'an 10 après la révélation. Peu après sa levée, en l'an 10 après la révélation (619), meurent Abû Tâlib puis Khadîja : c'est l'« année de la tristesse ». Privé de protection, le Prophète ﷺ cherche appui à Tâ’if, où il est chassé à coups de pierres. Son invocation sur le chemin du retour est restée célèbre.
C'est dans cette période la plus sombre que se place le voyage nocturne de La Mecque à Jérusalem et l'ascension céleste (al-Isrâ’ wa l-Mi‘râj), au cours de laquelle les cinq prières quotidiennes sont prescrites. En l'an 11 après la révélation (620), six habitants de Yathrib, la future Médine, embrassent l'islam lors du pèlerinage. En l'an 12 après la révélation (621), ils sont douze à lui prêter serment à al-‘Aqaba, et il envoie avec eux Mus‘ab b. ‘Umayr enseigner l'islam à Yathrib. En l'an 13 après la révélation (622), plus de soixante-dix Médinois lui prêtent allégeance et lui proposent de s'installer chez eux avec les croyants de La Mecque.
L'Hégire et la période médinoise (622-632, de l'an 1 à l'an 11 de l'Hégire)
En l'an 13 après la révélation (622), les musulmans de La Mecque émigrent par petits groupes vers Yathrib. Quraysh décide d'assassiner le Prophète ﷺ. Il quitte la ville de nuit avec Abû Bakr, se cache trois jours dans la grotte de Thawr, puis atteint Qubâ’, aux portes de Yathrib, le jeudi 8 Rabî‘ al-Awwal. Il y fonde la première mosquée de l'islam et entre à Yathrib le lundi 12. Cette émigration, l'Hégire, marque le début du calendrier musulman : l'an 1 de l'Hégire. Yathrib devient Madînat al-Nabî, « la ville du Prophète » : Médine.
Il y bâtit sa mosquée, qui est aussi sa maison, et organise la communauté naissante : le pacte de fraternité lie chaque émigré mecquois (muhâjir) à un hôte médinois (ansârî). La Constitution de Médine fixe les droits et devoirs des tribus musulmanes et juives de la ville. En l'an 2 de l'Hégire, la direction de la prière passe de Jérusalem à La Mecque et le jeûne du mois de Ramadan est institué.
Le conflit avec Quraysh se poursuit par les armes. À Badr, le vendredi 17 Ramadan de l'an 2 de l'Hégire (624), près de trois cents musulmans l'emportent sur un millier de Mecquois. Quatorze musulmans et soixante-dix Mecquois y meurent. À Uhud, en l'an 3 de l'Hégire (625), les musulmans subissent un revers. L'oncle du Prophète ﷺ, Hamza, y tombe. En l'an 5 de l'Hégire (627), une coalition de tribus assiège Médine sans succès : c'est la bataille du Fossé (al-Khandaq). En l'an 6 de l'Hégire (628), à Hudaybiyya, le Prophète ﷺ signe avec Quraysh une trêve de dix ans que le Coran appelle « une victoire éclatante » (48 : 1) : elle ouvre une période de paix pendant laquelle l'islam se répand rapidement et où il écrit aux souverains voisins.
Quraysh ayant rompu la trêve, le Prophète ﷺ marche sur La Mecque en l'an 8 de l'Hégire (630) à la tête de dix mille hommes. La ville se rend presque sans combat. Il fait détruire les idoles de la Ka‘ba et accorde le pardon à ses anciens persécuteurs. En l'an 10 de l'Hégire (632), il accomplit son unique pèlerinage, le pèlerinage de l'adieu, et prononce à ‘Arafa un sermon, devant 124 000 pèlerins, qui rappelle la sacralité de la vie et des biens, abolit la vengeance et l'usure, et affirme l'égalité des hommes et les droits des femmes.
Sa mort et son héritage
De retour à Médine, le Prophète ﷺ tombe malade. Il meurt le lundi 12 Rabî‘ al-Awwal de l'an 11 de l'Hégire (632), dans la chambre de son épouse ‘Â’isha, à soixante-trois ans. Nous racontons ses derniers jours et la réaction des compagnons, à qui Abû Bakr rappelle : « Quiconque adorait Muhammad, Muhammad est mort ; quiconque adore Dieu, Dieu est vivant et ne meurt pas. » Il est enterré là où il est mort. Sa tombe se trouve aujourd'hui dans la mosquée du Prophète, à Médine, sous la coupole verte, aux côtés d'Abû Bakr et de ‘Umar.
Abû Bakr lui succède à la tête de la communauté comme premier calife. En vingt-trois ans, le Prophète ﷺ a laissé un livre, le Coran, parole de Dieu. Il a laissé un exemple, sa sunna, transmise par les hadiths. Il a laissé enfin une communauté unie qui, en moins d'un siècle, atteindra presque tout le monde connu. Près d'un quart de l'humanité se réclame aujourd'hui de son message.
Son caractère
Le Coran dit de lui : « Tu es certes d'un caractère immense » (68 : 4), et ‘Â’isha, interrogée sur son comportement, répondait : « Son caractère était le Coran. » Les témoignages de ses compagnons dessinent un homme simple et humble, qui raccommodait ses vêtements, réparait ses sandales, saluait le premier, répondait à toutes les invitations et visitait les malades, et dont les appartements étaient d'une grande modestie.
La miséricorde est le trait que le Coran retient de lui : « Nous ne t'avons envoyé que comme miséricorde pour les mondes » (21 : 107). Elle s'exerce envers les enfants, les animaux et la nature, les adversaires d'hier, et jusque dans son humour et son sourire. Il refusait qu'on le flatte : « Ne me flattez pas comme les chrétiens ont flatté le fils de Marie ; je ne suis qu'un serviteur. »
Son message
Le cœur de son enseignement est le tawhîd : il n'y a de dieu que Dieu, unique, sans associé, et Muhammad ﷺ est Son messager. Il ne se présente pas comme le fondateur d'une religion nouvelle mais comme le dernier d'une lignée de prophètes qui compte Noé, Abraham, Moïse et Jésus : le Coran l'appelle « le sceau des prophètes » (33 : 40). Son message rappelle la responsabilité de chacun devant Dieu au Jour du jugement, la prière, l'aumône, le jeûne et le pèlerinage, et une éthique faite de justice, de véracité, de bonté envers les parents, les pauvres, les orphelins et les voisins.
Le Prophète ﷺ est « un excellent modèle » (33 : 21) : sa manière de prier, de parler, de commercer, de gouverner et de pardonner fait l'objet d'une étude attentive. C'est pourquoi sa vie est étudiée depuis quatorze siècles, et c'est l'objet de l'Institut SIRA.
Sa famille : épouses et enfants
Après la mort de Khadîja, le Prophète ﷺ épouse Sawda, puis ‘Â’isha, fille d'Abû Bakr, qui deviendra l'une des grandes transmettrices de son enseignement. À Médine, ses mariages, souvent avec des veuves de compagnons ou des femmes issues de tribus alliées, ont une portée sociale et politique : Hafsa, fille de ‘Umar ; Zaynab bint Khuzayma ; Umm Salama ; Zaynab bint Jahsh ; Juwayriya ; Umm Habîba ; Safiyya ; Maymûna. Il a eu onze épouses, appelées « Mères des croyants ». Mâriya la Copte, qui lui fut offerte par le gouverneur d'Égypte, lui donne un fils, Ibrâhîm, mort en bas âge.
De ses sept enfants, seule Fâtima lui survit, de quelques mois. Épouse de ‘Alî, elle est la mère de al-Hasan et al-Husayn, les petits-fils qu'il chérissait. Toute la descendance du Prophète ﷺ passe par elle.
