La montagne de ‘Aynayn, aussi appelée la montagne des archers, est un mont d'une vingtaine de mètres qui se situe au sud de la montagne d'Uhud, à 3 km de la mosquée sacrée de Médine. C'est sur ce mont que le Prophète ﷺ plaça une cinquantaine d'archers, avec comme chef ‘Abdallah b. Jubayr, dans le but de protéger les arrières de l'armée musulmane pendant la bataille d'Uhud, qui eut lieu durant l'an 3 de l'hégire.
Voici un extrait de notre Revue Miséricorde 1, chapitre « La bataille de Uhud » :
La seconde phase de la bataille
Alors que les polythéistes fuient le champ de bataille, quarante archers quittent leur position pour ramasser le butin. ‘Abdallah b. Jubayr leur ordonne de revenir, mais en vain. Voyant que les archers sont peu nombreux sur le monticule, Khâlid b. al-Walîd saisit l'occasion pour les attaquer avec les 200 cavaliers qurayshites. Après avoir vaincu les archers, il se précipite en direction de l'armée musulmane, relâchée par la victoire apparente, pour l'attaquer à son tour. Voyant la cavalerie qurayshite prendre les musulmans à revers, les mecquois se reprennent et remontent au combat. Les musulmans se retrouvent alors attaqués de part et d'autre par les polythéistes. Le scénario que craignait le Prophète ﷺ se réalise. Militairement, c'est une catastrophe, les pertes sont lourdes parmi les musulmans.
Une rumeur se répand : le Prophète ﷺ aurait été tué. La confusion s'installe parmi les musulmans qui ne savent plus quoi faire. Certains quittent le champ de bataille. D'autres se jettent sur l'ennemi pour mourir à la suite du Prophète ﷺ. Très peu sont suffisamment proches du Prophète ﷺ pour savoir ce qui se passe et tenter de le protéger.
Le Messager de Dieu ﷺ se retrouve acculé avec sept médinois et deux musulmans d'origine mecquoise. Les médinois sacrifient leur vie les uns après les autres pour assurer la survie du Prophète ﷺ, qui rallie les musulmans de nouveau, les informant qu'il est bien en vie.
Le Prophète ﷺ est frappé au visage par l'épée d'un cavalier qui brise sa côte de maille, dont les anneaux s'enfoncent dans sa joue, lui arrachant des dents. Il réussit finalement à battre en retraite et à escalader le mont Uhud avec ses proches compagnons.
Les archers, des hommes faillibles
La désobéissance des archers rappelle que les compagnons ne sont que des hommes et qu'ils suivent parfois leurs passions comme tout être humain. Après la bataille, Dieu révélera : « Dieu a tenu Sa promesse envers vous en vous permettant d'écraser vos ennemis, jusqu'au moment où vous avez fléchi pour contester l'ordre qui vous était donné et refusé de l'exécuter, alors que Dieu vous faisait déjà entrevoir la victoire qui vous tenait à cœur. Certains d'entre vous désiraient les biens de ce monde, pendant que d'autres aspiraient à la vie future. Aussi Dieu, pour vous mettre à l'épreuve, vous fit-Il reculer devant vos ennemis. Mais Il vous a ensuite pardonné, car Il est Plein de sollicitude pour les fidèles » (3 : 152). Malgré leurs faiblesses, les compagnons étaient sincères dans leur engagement vis-à-vis de Dieu. Malgré l'état de choc et les blessures, ils se sont tous, et sans exception, conformés aux ordres du Prophète ﷺ de sortir à la poursuite de l'ennemi. Ce sont ces gens-là, malgré les défauts et les erreurs de parcours, qui ont permis à l'islam d'être ce qu'il est et de remporter d'incroyables victoires quelques années plus tard.