Le matin, après la prière, le Prophète ﷺ prend des nouvelles des compagnons et s'enquiert notamment des malades à visiter. Nous le retrouvons alors parcourant les quatre coins de la ville pour se rendre au chevet des souffrants, indépendamment de leur statut social. Qu'il s'agisse d'un grand chef parmi les Khazraj comme Sa‘d b. ‘Ubâda, d'un simple Bédouin ou d'un modeste orphelin comme Jâbir b. ‘Abdallah, tous reçoivent la même attention et la même sollicitude.
Sa‘d b. ‘Ubâda, « mon frère »
Lorsque Sa‘d b. ‘Ubâda tombe malade, le Prophète ﷺ lui rend visite plusieurs fois jusqu'à sa guérison. Une fois, il s'y rend monté sur un âne en compagnie du jeune Usâma b. Zayd. Une autre fois, alors qu'il est assis avec un groupe de Muhâjirûn, un homme des Anṣâr vient le saluer puis s'en va. Le Prophète ﷺ le rappelle avec une tendre familiarité : « Ô frère des Anṣâr, comment va mon frère Sa‘d b. ‘Ubâda ? » L'homme répond qu'il va bien (ṣâliḥ). Le Prophète ﷺ se tourne alors vers ses compagnons : « Qui parmi vous veut lui rendre visite ? » Il se lève aussitôt suivi des pauvres réfugiés qui l'entouraient et, ensemble, ils traversent à pied les terrains arides de la ville pour se rendre chez cet homme que le Prophète ﷺ nomme affectueusement « mon frère », pour souligner l'importance des liens fraternels entre musulmans.
Le garçon juif malade
Plus remarquable encore, cette sollicitude inclut également les non-musulmans, rappelant la conception universelle de la responsabilité prophétique qui s'étend bien au-delà de la communauté musulmane. Lorsqu'un jeune garçon juif à son service tombe malade, le Prophète ﷺ se rend à son chevet et, assis près de sa tête, l'invite doucement à embrasser l'islam. L'enfant hésite, cherchant du regard l'avis de son père. Celui-ci, touché par la bienveillance du Prophète ﷺ, lui dit simplement : « Obéis à Abû al-Qâsim. » Le garçon prononce alors la profession de foi, et en quittant la maison, le Prophète ﷺ remercie Allah : « Louange à Allah qui l'a sauvé du Feu. » À travers ce récit, nous avons un exemple de la compassion du Prophète ﷺ. Le fait que le garçon juif soit « à son service », indique une relation de confiance et de proximité. De surcroît, la visite du Prophète ﷺ renforce l'idée du vivre-ensemble et du devoir de bienveillance envers ses concitoyens, quelles que soient leurs croyances. Enfin, la joie du Prophète ﷺ, par l'entrée en islam d'un enfant agonisant, recentre la finalité de la mission prophétique : sauver les âmes de l'égarement.
Des distances parcourues pour un seul adolescent
Quant aux distances que le Prophète ﷺ parcourt durant ces visites, rappelons que Jâbir, cité plus haut, habite dans le quartier le plus éloigné au nord de la ville. Le Prophète ﷺ s'y rend avec Abû Bakr à pied, mais il va aussi à l'autre extrémité de la ville, dans le quartier des Banû Unayf. L'Envoyé de Dieu ﷺ fait plusieurs allers-retours – environ vingt-quatre kilomètres – vers ce quartier du sud pour honorer un seul adolescent, Ṭalḥa b. al-Barâ'. Il lui rend visite une première fois sur son lit de mort et demande qu'on l'avertisse si son état s'aggrave. Agonisant, Ṭalḥa demande à ses proches de l'enterrer sans attendre par crainte pour la sécurité du Prophète ﷺ lors de la traversée nocturne de la région sud de la ville. Dès qu'il reçoit l'information du décès du jeune garçon, le Prophète ﷺ se rend à sa tombe pour accomplir la prière funéraire et invoquer Dieu en sa faveur.
Les invocations et les gestes au chevet du malade
La visite des malades est une attention particulière accordée par le Prophète ﷺ à ses concitoyens pendant leurs moments de faiblesse. C'est une occasion pour eux de profiter de ses invocations – toujours exaucées. Il dit souvent : « Dissipe le mal, Seigneur des hommes. Guéris-le, car Tu es le Guérisseur. Il n'y a de guérison que Ta guérison, une guérison qui ne laisse aucune trace de maladie. » Il rassure le malade : « Ce n'est pas grave. C'est une purification si Allah le veut » l'amenant à voir un bien dans la maladie et à avoir de l'espoir dans la miséricorde Divine. Il accompagne souvent sa visite par des gestes « thérapeutiques » – en utilisant les moyens dont il dispose – comme lorsqu'il verse l'eau de ses ablutions sur Jâbir, évanoui, pour le ranimer ou lorsqu'il prend de la terre de la vallée de Buṭḥân qu'il mélange à de l'eau dans un récipient puis souffle dessus et la verse sur Thâbit b. Qays, malade.



