Le pacte de fraternité : un fondement de la société de Médine

Après l’hégire, le Prophète ﷺ unit Muhâjirûn et Ansâr par un pacte de fraternité (mu’âkhât) : le ciment social, économique et spirituel de Médine.

Dans les mois qui suivirent l’hégire, les difficultés économiques mais aussi d’intégration dans la société médinoise, se firent ressentir parmi les compagnons mecquois émigrés. En effet, ayant renoncé à tous les biens qu’ils possédaient à La Mecque, réfugiés et séparés des leurs, les Muhâjirûn eurent besoin non seulement d’une aide économique mais également d’un soutien moral.

Le pacte de fraternité entre Muhâjirûn et Ansâr

C’est ainsi que le Prophète ﷺ mit en place le pacte de fraternité entre les Muhâjirûn, les émigrés, et les Ansâr, musulmans de Médine, en leur rappelant que « leurs frères [les Muhâjirûn] ont laissé biens et enfants et sont venus vers vous [les Ansâr] ». Par exemple, Abu Bakr devint ainsi le « frère » de Khârija b. Zuhayr. On peut aussi citer l’exemple de ‘Umar b. al-Khattâb qui fraternisa avec le compagnon médinois ‘Utbâ b. Mâlik.

L’hospitalité sans pareille des Ansâr

La fraternité et l’hospitalité des Ansâr envers les Muhâjirûn étaient très chaleureuses et accueillantes. En effet, ils partagèrent non seulement leurs biens, mais les aidèrent également à s’installer confortablement, et s’adapter à cette ville agricole, Médine, en les initiant au travail de la terre. Pour illustrer leur sincère fraternité et leur immense générosité, prenons l’exemple de Sa‘d b. al-Rabî‘ qui proposa à ‘Abd al-Rahmân b. ‘Awf la moitié de ses biens, une proposition qu’il refusa néanmoins.

Dieu révéla par la suite le verset suivant, où Il fait l’éloge de la fraternité et du bon comportement des Ansârs : « Il appartient également à ceux qui, avant eux, se sont installés dans le pays [Médine] et dans la foi, qui aiment ceux qui émigrent vers eux, et ne ressentent dans leurs cœurs aucune envie pour ce que [ces immigrés] ont reçu, et qui [les] préfèrent à eux-mêmes, même s’il y a pénurie chez eux. Quiconque se prémunit contre sa propre avarice, ceux-là sont ceux qui réussissent. » (59 : 9).

Une répartition pensée dans toute la ville

Médine était une agglomération formée d’une vingtaine de villages séparés par des champs qui s’étendaient sur environ 20 km². Le Prophète ﷺ utilisa cette mesure afin de répartir les compagnons mecquois. En effet, il leur avait choisi des frères parmi des clans différents et habitant dans des quartiers distincts. Ainsi, les musulmans mecquois étaient répartis sur toute la ville et à la périphérie de Médine, propageant l’islam tel qu’ils l’avaient appris auprès du Prophète ﷺ, transmettant de cette manière les versets du Saint Coran et ses enseignements. La relation entre les Muhâjirûn et les Ansârs n’était donc pas seulement basée sur les biens matériels et l’entraide économique. Effectivement, celle-ci allait bien au-delà puisqu’ils s’entraidaient à s’élever dans la science et spirituellement.

Une fraternité qui dépasse les biens

De ce pacte de fraternité émanèrent une force et une unité prodigieuse dont profita cette nouvelle communauté musulmane de Médine, en établissant des liens profonds et durables entre ces frères et sœurs qui ne cessèrent de proclamer qu’ils s’aimaient exclusivement en Dieu et rien que pour Lui. Et cet amour, auquel les compagnons aspirèrent est, pour Dieu, l’idéal de la fraternité dans la foi, comme en témoigne ce hadith divin : « Le Jour de la Résurrection, Dieu dira : Où sont ceux qui se sont aimés dans Ma Grâce ? En ce jour, je les couvre de Mon ombre ; en ce jour où il n’y a d’ombre que Mon ombre ».

Aussi, les Muhâjirûn, face à la conduite exemplaire des Ansâr dirent-ils au Prophète ﷺ : « Nous sommes descendus chez des gens qui sont les plus altruistes dans la gêne et les plus généreux dans l’abondance. » L’hospitalité des Ansâr est donc l’un des facteurs qui permit la réussite de cette fraternisation.

Ce processus de fraternité active (mu’âkhât en arabe), à la fois économique, social et spirituel, permit la naissance d’une société humainement solidaire, raffermie dans sa foi et unie par un ciment de valeurs. La mesure en elle-même montre aussi l’intelligence sociale et l’immense sagesse dont fit preuve le Prophète ﷺ à Médine. Ce pacte éleva en effet les musulmans vers un degré de confiance et de fraternité qu’aucune adversité ne pouvait altérer et c’est en partie grâce à cette fraternité sincère et profonde que Dieu accorda aux musulmans de nombreuses victoires et réussites éclatantes.