Lorsque le Prophète ﷺ arrive à Médine, on compte près de 10 000 habitants. Il y a 4 000 juifs et près de 1 300 musulmans. Les autres sont tous des idolâtres. Les deux grandes tribus qui gèrent la cité sont les Aws et les Khazrajs. Quant aux juifs, ils vivent dans leurs quartiers respectifs et sont composés de trois tribus : les Banî Qaynuqâ‘, qui sont alliés aux Khazrajs et qui vivent dans la ville de Médine, et les Banî al-Nadîr et les Banî Qurayḍa, qui sont tous deux alliés aux Aws et qui vivent dans les faubourgs de Médine. Si les musulmans ont le pouvoir, c'est parce que la majorité des notables des Aws et des Khazrajs embrassent l'islam.
Contrairement à La Mecque, on trouve de la verdure à Médine, car elle est une cité agricole aux nombreuses palmeraies. Médine est protégée par des terrains volcaniques à l'est (Harra Wâqim) et à l'ouest (Harra al-Wabra). Au nord de la ville, nous avons le mont Sala‘, puis le mont Uḥud à l'extrême nord-est. La mosquée du Prophète ﷺ se trouve quant à elle en plein centre de la cité.
Le pacte citoyen
Les juifs de Médine n'avaient pas pour objectif de propager leur religion. Ils monopolisaient le commerce des céréales, des dattes, du vin et des vêtements. C'est eux aussi qui possédaient la plupart des puits de la cité. Ils se disaient détenteurs de la science et attendaient leur Prophète, avec qui ils pensaient combattre les Arabes idolâtres. Ce fut pour eux une grande déception lorsqu'il s'avéra que le Prophète ﷺ n'était pas juif et qu'il venait d'un peuple plongé dans l'idolâtrie. Lorsque le Prophète ﷺ arriva à Médine, quelques rares juifs embrassèrent l'islam, comme le grand rabbin ‘Abdullah b. Salâm.
Pour les juifs de la cité, le Prophète ﷺ était une menace économique et politique. Économique, car il avait arrêté le conflit entre les Aws et les Khazraj et interdisait l'usure. Politique, car il avait réussi l'impossible en unissant les deux tribus arabes de Médine. Les juifs savaient que cette union était redoutable et qu'il était préférable, pour leurs intérêts, de se plier à la politique du Prophète ﷺ. Dès la première année de l'hégire, le Messager de Dieu ﷺ fera rédiger une convention garantissant aux juifs leur liberté de culte ainsi que leur citoyenneté. Il ne les contraindra nullement à se convertir à l'islam ou à s'expatrier.
Voici une partie des termes du pacte « citoyen » entre les musulmans et les juifs :
- Les juifs de Médine forment une communauté avec les croyants. Aux juifs leur religion et aux croyants la leur ;
- Les juifs prendront en charge leurs propres dépenses et les musulmans les leurs [sauf en cas de guerre contre un ennemi commun] ;
- Les juifs et les musulmans se doivent soutien mutuel contre quiconque combattrait les gens adhérant à cet écrit ;
- Les deux parties se conseillent mutuellement, et leurs relations s'établiront sous le signe de la droiture, tout acte blâmable étant proscrit ;
- Aucune partie ne fera préjudice à son allié ;
- La partie subissant une injustice sera aidée ;
- Les juifs contribueront aux dépenses de guerre tant qu'ils seront aux côtés des croyants ;
- Médine demeurera sacrée et inviolable pour tous ceux qui adhèrent à cet écrit ;
- S'il y a entre les gens de cet écrit un désaccord ou une dispute dont l'issue serait à craindre, cela devra être ramené à Dieu et à Son Messager ;
- Aucune protection ne sera octroyée aux Quraychites ou à qui les soutient ;
- Musulmans et juifs s'entraident pour repousser quiconque attaquera Médine ; chaque partie contribuera à la défense de la zone qui lui fait vis-à-vis ;
- Cet écrit n'empêchera aucune des deux parties de chercher à se faire justice en toute légitimité contre un agresseur ou un coupable.
Un état de droit pour une cité plurielle
Le pacte citoyen mis en place par le Prophète ﷺ consiste à ne pas léser les juifs de Médine dans leurs droits et à créer une dynamique de vivre-ensemble, malgré les différences cultuelles. Les ouvrages de sîra soulignent qu'il y aura des conflits entre juifs de Médine et musulmans. Ces conflits ne seront pas religieux, mais politiques. Les tribus juives ne respecteront pas leurs engagements citoyens et briseront leur pacte à chaque fois qu'elles trouveront l'occasion d'exterminer les musulmans de la cité. Les musulmans ne sont donc pas antisémites : ils luttent contre toute forme d'injustice, d'oppression et de barbarie.
Au-delà des conflits politiques de l'époque prophétique, le musulman doit entretenir de bonnes relations avec les chrétiens et les juifs, que Dieu appelle « les gens du Livre ». Il doit discuter avec eux, débattre et respecter leur culte s'ils décident de rester dans leur religion. Le docteur Hamidullah va jusqu'à affirmer que le Prophète ﷺ appliquait la loi juive aux juifs, puisqu'ils n'étaient pas de confession musulmane. Pour bien comprendre la relation qu'entretenait le Prophète ﷺ avec les non-musulmans, le lecteur ne doit pas sélectionner et isoler des versets du Coran, puis les examiner, mais il doit avoir une lecture globale de l'ensemble du texte coranique.



