Le marché de Médine, une école à ciel ouvert

Médine : la naissance d’une société

Le marché de Médine, une école à ciel ouvert

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Fondé par le Prophète ﷺ dès la première année de l'hégire, le marché de Médine est une école du droit commercial, un lieu convivial et un lieu de prière.

Situé à cinq cents mètres à l'ouest de la mosquée, le marché est un lieu de passage quotidien du Prophète ﷺ. Il fonde cet espace commercial dès la première année de l'hégire pour lutter contre les injustices commerciales et les monopoles qui gangrènent alors l'économie médinoise. Ce grand terrain libre s'anime ainsi chaque matin par les étals des vendeurs – qui ne sont soumis à aucune taxe – avec une priorité aux premiers installés et l'obligation de ne pas s'approprier des emplacements.

Une école du droit des transactions

Les visites régulières du Prophète ﷺ à ce marché le transforment en une véritable école où il transmet les règles juridiques des transactions (fiqh al-mu‘âmalât). En effet, il érige les règles, pratiques et interdictions commerciales progressivement tout au long des dix années de la période médinoise, en fonction des circonstances et des situations concrètes qui se présentent. Le Prophète ﷺ enseigne les jugements lorsqu'il est questionné à leur sujet ou lorsque la raison de leur révélation surgit directement devant lui. Cette méthode pédagogique, qui part du réel pour établir la norme, illustre parfaitement comment le Prophète ﷺ utilise chaque trajet, chaque passage au marché, comme une occasion d'enseignement.

Le Prophète ﷺ ne se contente pas de traverser le marché passivement : il observe, inspecte et contrôle. C'est ainsi qu'un jour, alors qu'il passe devant un étal de nourriture, il introduit sa main à l'intérieur de celle-ci et sent de l'humidité. Il recommande alors au vendeur de bien montrer ce défaut en plaçant la nourriture mouillée par-dessus, visible de tous, et conclut : « Celui qui trompe n'est pas des nôtres. »

Un lieu convivial

Par ses passages dans le marché, le Prophète ﷺ manifeste son humanité et sa proximité avec tous. On y trouve des enfants qui jouent, comme ce jour où Anas, son jeune serviteur, traîne à accomplir la mission qui lui a été confiée. Distrait par les enfants qui s'amusent au marché, il ne remarque pas l'arrivée du Prophète ﷺ qui lui saisit doucement la nuque par-derrière. Au lieu de le réprimander, il se met à rire et lui demande avec tendresse, en utilisant un surnom affectueux : « Ô Unays, es-tu allé là où je t'avais demandé ? »

Ce lieu social témoigne également des plaisanteries du Prophète ﷺ avec ses compagnons. L'imâm al-Tirmidhî rapporte l'émouvante histoire de Zâhir b. Ḥarâm, un homme particulièrement laid qui vit à la campagne et n'a guère d'amis à Médine. Un jour, tandis qu'il vend sa marchandise sur la place du marché, le Prophète ﷺ l'enlace par-derrière sans qu'il le voie, puis se met à crier : « Qui veut acheter cet esclave (‘abd) ? » L'estime de soi chez Zâhir est si basse qu'il répond que même s'il était un esclave à vendre, personne ne voudrait l'acheter. Mais le Prophète ﷺ, dont l'intention est de valoriser et d'honorer cet homme, rétorque : « Mais tu as certes une valeur inestimable auprès d'Allah. » Ainsi, en utilisant l'humour, le Prophète ﷺ profite du rassemblement public pour accorder de l'attention à cet homme négligé et ignoré dans la société.

Un lieu de rassemblement et de prière

À certaines occasions, le Prophète ﷺ se rend dans l'espace du marché – ouvert et sans structures fixes – pour y tenir divers événements et célébrations indépendants des activités commerciales. Ce choix n'est pas fortuit : en utilisant ce lieu de rassemblement naturel, il assure une participation maximale de la communauté aux célébrations collectives.

C'est là, en plein air qu'il accomplit la prière de demande de pluie (’istisqâ’) et qu'il dirige la prière mortuaire sur le Négus d'Abyssinie, honorant ainsi celui qui avait protégé les premiers musulmans émigrés.

Les jours de fête, ce terrain devient le cœur battant de Médine. Le Prophète ﷺ y rassemble tous les musulmans – hommes, femmes et enfants – pour accomplir la prière de l'Aïd. Après le sermon de l'Aïd al-Aḍḥâ, le Prophète ﷺ y procède lui-même à l'abattage de ses animaux du sacrifice. Son geste personnel, accompli publiquement, enseigne par l'exemple la manière correcte d'effectuer ce rituel. Pour rentrer chez lui, il emprunte un chemin différent de celui de l'aller, multipliant ainsi les occasions de croiser les habitants et de leur prodiguer sa bénédiction et ses conseils.

Chaque trajet, chaque pas qu'il effectue, il le transforme en une action bénéfique pour cette ville qu'il a fondée sur l'amour et la piété. L'historien Ibn Zabâla rapporte qu'au Muṣallâ – qui fait partie de l'espace dédié au marché – le Prophète ﷺ invoque Dieu pour qu'Il accorde Ses bénédictions à Médine. Ibn Shabba ajoute que chaque fois que le Prophète ﷺ rentre d'un voyage et passe par ce lieu, il s'oriente vers la qibla et invoque Son Seigneur. Ces passages réguliers au marché, ponctués d'invocations et de prières, témoignent de sa volonté d'imprégner de spiritualité tous les espaces de la ville.

Le marché devient parfois le théâtre de manifestations miraculeuses. Un jour, alors que lui et ses compagnons manquent d'eau, le Prophète ﷺ s'arrête à l'endroit appelé al-Zawrâ' et invoque Allah. L'eau jaillit alors entre ses doigts, permettant à trois cents personnes d'accomplir leurs ablutions. Une autre fois, au niveau des pierres à huile (aḥjâr al-zayt), il se tient debout, les mains levées au niveau de son visage, implorant Allah d'amener la pluie. Ces moments exceptionnels gravent dans la mémoire collective de Médine le lien indissociable entre la présence prophétique et la bénédiction Divine.

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