Le puits de Bayruḥâ', l'aumône d'Abû Ṭalḥa

Médine : la naissance d’une société

Le puits de Bayruḥâ', l'aumône d'Abû Ṭalḥa

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À Médine, le puits de Bayruḥâ', préféré du Prophète ﷺ, devient l'aumône d'Abû Ṭalḥa après la révélation du verset sur la vraie piété (3 : 92).

Le Prophète ﷺ affectionne particulièrement le puits de Bayruḥâ', aussi appelé puits de Ḥâ' et dont l'eau est particulièrement agréable ; il le visite et y apaise sa soif régulièrement. Ce puits, situé dans un verger proche de la mosquée du Prophète ﷺ, appartient au compagnon Abû Ṭalḥa al-Anṣârî.

Lorsque Dieu a révélé le verset : « Vous n'atteindrez la vraie piété qu'en faisant aumône d'une part des biens que vous aimez. [...] » (3 : 92), Abû Ṭalḥa en tire aussitôt les conséquences en disant au Prophète ﷺ : « Mon bien préféré est le puits de Bayruḥâ' [et le verger dans lequel il se situe] ; j'en fais aumône pour Dieu, le confiant à Dieu, affecte-le donc, ô Messager de Dieu, où Dieu te l'indique. » Le Prophète ﷺ accueille cette décision avec enthousiasme et lui conseille d'en faire aumône à des membres de sa famille, ce qu'Abû Ṭalḥa fait.

Le lieu aujourd'hui

Il n'existe plus de vestiges de ce puits, mais son emplacement, intégré à la mosquée du Prophète ﷺ du fait de ses élargissements successifs, est indiqué par une démarcation au sol, près de la porte du roi Fahd.

Un don matériel et affectif

Les puits de Rûma et de Bayruḥâ' illustrent de manière exemplaire le rôle déterminant joué par les compagnons du Prophète ﷺ dans l'édification de la justice sociale. En effet, tous ceux qui en avaient les moyens ont fait des aumônes bien identifiées dans la sîra du Prophète ﷺ et ont mis des biens à disposition du public à travers des waqf répertoriés.

Tant Abû Ṭalḥa que 'Uthmân manifestent une véritable facilité à faire don de leurs biens pourtant très précieux, dans leur dimension matérielle (pour 'Uthmân) et affective (pour Abû Ṭalḥa). Cette générosité spontanée est à corréler avec le yaqîn, qui correspond à la conviction intime et parfaite que les promesses de Dieu se réaliseront.

La richesse se mesure à ce que l'on dépense

À l'ère des débats sur la privatisation de l'eau, les inégalités d'accès aux ressources vitales, et la marchandisation croissante du vivant, ces gestes résonnent avec une pertinence troublante. Ils nous interrogent : sommes-nous capables de concevoir une économie où le don ne diminue pas la richesse ? Où le service n'attend ni reconnaissance ni gratitude, à l'image des élus du Paradis qui déclarent : « Nous vous nourrissons uniquement pour l'amour de Dieu, sans attendre de vous ni récompense ni remerciement. » (76 : 9)

N'est-ce pas le Coran lui-même qui nous enseigne que la richesse se mesure à ce que l'on dépense plutôt qu'à ce que l'on accumule ?

« Ceux qui dépensent leurs biens pour la Cause d'Allah sont à l'image d'un grain qui produit sept épis contenant chacun cent grains. C'est ainsi qu'Allah multiplie Sa récompense à qui Il veut, car Allah est Omniprésent et Omniscient. » (2 : 261)

« Quiconque consent à Dieu un prêt gracieux, Dieu le lui rendra au décuple et lui accordera, en plus, une généreuse récompense. » (57 : 11)

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