Abû Dâwûd et al-Nasâ'î rapportent qu'un jour, l'Envoyé de Dieu ﷺ achète un cheval à un Bédouin et lui demande de le suivre pour qu'il puisse lui remettre les 400 dirhams du prix convenu. Le Prophète ﷺ marche d'un pas rapide tandis que le Bédouin traîne derrière lui. En chemin, des hommes se mettent à aborder le Bédouin. Ignorant que le cheval est déjà vendu, ils proposent diverses offres pour acquérir l'animal et certains proposent un prix supérieur au prix conclu avec le Prophète ﷺ. Tenté par de meilleures offres, le Bédouin appelle le Prophète ﷺ et lui lance : « Si tu comptes acheter ce cheval, fais-le maintenant, sinon je le vends à quelqu'un d'autre ! » Entendant cet appel, le Prophète ﷺ s'arrête et se retourne vers lui. « Ne te l'ai-je pas déjà acheté ? » demande-t-il. Le Bédouin jure : « Non, par Allah ! Tu ne me l'as pas acheté. » Le Prophète ﷺ réplique calmement : « Si, je te l'ai bel et bien acheté. » Les gens commencent alors à se rassembler autour des deux hommes, observant leur échange. Les deux hommes se renvoient mutuellement les arguments, chacun maintenant sa version des faits. Le Bédouin, cherchant à se dédire de la vente, finit par dire : « Apporte-moi un témoin qui atteste que je t'ai vendu ce cheval ! » C'est alors que le compagnon Khuzayma b. Thâbit témoigne en faveur du Prophète ﷺ et la transaction est conclue.
Un Prophète sans distinction sociale
Cet incident est très riche en enseignements. Il nous montre d'abord que le Messager de Dieu ﷺ se rend au marché sans aucune distinction sociale, se fond dans la foule au point que les passants ne remarquent pas qu'il vient de conclure une transaction. Celle-ci est faite simplement, oralement comme entre deux personnes ordinaires. De surcroît, le Prophète ﷺ ne sort pas avec une bourse bien garnie, contrairement à ce que l'on pourrait attendre d'un chef d'État. Il doit rentrer chez lui pour chercher de quoi payer.
Un Prophète énergique
La scène nous révèle un Prophète énergique, dynamique, qui marche vite. Ce n'est pas un homme qui se fait porter en litière ou qui avance avec la lenteur majestueuse d'un souverain. En décrivant ses caractéristiques, al-Tirmidhî rapporte que « le Prophète ﷺ marche rapidement comme si la terre lui était déployée. Il s'élance comme s'il descendait d'une pente. Les compagnons doivent forcer le pas en marchant à côté de lui. »
Une patience remarquable
Enfin, il se comporte avec une patience remarquable, ne sanctionne pas l'attitude du vendeur qui a menti. Au contraire, il accepte d'entrer dans le débat, de se justifier, de réclamer des témoins. Cette attitude est d'autant plus significative que la scène se déroule au vu et au su de tous, et que sa crédibilité aurait pu être remise en question. Pourtant, il choisit de se soumettre aux mêmes règles que tout citoyen ordinaire. Plutôt que d'imposer par l'autorité, il enseigne par l'exemple et par le dialogue.
Un chef ancré dans la vie ordinaire
Enfin, cette anecdote révèle la modestie du Prophète ﷺ et montre à quel point il est ancré dans la vie ordinaire, sans s'attribuer aucune condition avantageuse.



