La mansuétude d'Abraham chez le Prophète Muhammad ﷺ

Le Prophète ﷺ hérita de la mansuétude d'Abraham : face à l'Ange des montagnes comme au rabbin Zayd b. Saʿna, sa douceur ne le quittait pas, même en colère.

Un Prophète dans la continuité d'Abraham

La révélation coranique s'est inscrite dans la continuité des précédentes révélations — Torah, Évangile ou Psaumes —, avec l'objectif de rétablir leurs messages originels et non de les contredire. À ce titre, le Prophète Muhammad ﷺ n'était pas un « innovateur » mais plutôt le confirmateur, comme cela a été expliqué dans le Coran : « Je ne suis point un innovateur parmi les messagers. » (46 : 9) Dans cette optique, Dieu a exigé de son ultime Prophète ﷺ qu'il suive la voie de ses prédécesseurs : « Voilà ceux dont Dieu guide les pas ! Suis donc leur direction. » (6 : 90) Parmi ces prophètes, il en est un qui occupe une place particulière dans le Coran, et au sujet duquel on réclame du Prophète ﷺ qu'il suive la trace. Il s'agit d'Abraham : « Nous te révélâmes : Suis le chemin d'Abraham, ce pur monothéiste qui n'a jamais associé quoi que ce soit à Dieu. » (16 : 123)

Nul n'a en fait été aussi proche d'Abraham que notre Prophète Muhammad ﷺ, comme l'énonce la parole divine : « Certes, les plus fondés à se réclamer d'Abraham sont sûrement ceux qui l'ont suivi, ainsi que ce Prophète et ceux qui ont cru en sa mission. Dieu est le Protecteur des croyants. » (3 : 68) De plus, le Prophète Abraham et Muhammad ﷺ ne se ressemblaient pas uniquement de par leurs comportements nobles et leurs traits de caractère honorables : leur similitude concernait même leur aspect physique. Décrivant un jour les prophètes qu'il avait rencontrés durant son ascension nocturne, l'Envoyé de Dieu ﷺ dit au sujet d'Abraham : « J'ai vu Abraham, et nul ne lui ressemble plus à notre époque que votre Prophète. » (rapporté par Muslim)

La mansuétude, trait commun d'Abraham et de Muhammad ﷺ

Ceci dit, il y a un trait de caractère que le Coran encense chez Abraham et que nous allons retrouver avec cette même force chez le Prophète Muhammad ﷺ. Il s'agit de la mansuétude. Dieu dit au sujet d'Abraham : « Abraham était doux, compatissant et enclin au repentir » (11 : 75) et « Abraham était la bonté et la compassion mêmes ! » (9 : 114). Il semble que ces deux prophètes se sont distingués par le niveau de leur mansuétude. Arrivés à un point de non-retour avec leurs peuples qui les démentaient, la totalité des Messagers mentionnés dans le Coran ont vu leurs peuples frappés du courroux divin pour prix de leurs injustices. Ainsi en fut-il du peuple de Noé, des ‘Âd, des Thamûd, des habitants de Sodome, de Madyan et de Pharaon. Or aucun texte dans le Coran ou dans la sunna authentique ne parle du peuple d'Abraham, qui pourtant l'a expulsé après avoir tenté de l'immoler. Il en fut de même du peuple du Prophète ﷺ lorsque celui-ci refusa la proposition de l'Ange des montagnes de les anéantir dans un mouvement sismique en disant : « J'espère que leur descendance adorera Dieu sans rien lui associer » (rapporté par al-Bukhârî), ou encore lorsque, revenu vainqueur à La Mecque d'où il avait été chassé dix ans plus tôt, il accorda l'armistice générale.

Zayd b. Saʿna : la douceur jusque dans la colère

Citons enfin un dernier exemple qui illustrera parfaitement ces deux points que sont la continuité du message divin dans la révélation muhammadienne et la mansuétude qui caractérise la sunna.

Le compagnon ‘Abdallah b. Salâm rapporte qu'un rabbin de Médine dénommé Zayd b. Saʿna vint un jour trouver le Prophète ﷺ, qui se trouvait parmi ses compagnons. Il le saisit brutalement par le col, en le secouant et en lui disant sévèrement : « Rends-moi donc ce que tu me dois, Muhammad ! Vous autres les Banû Hâshim, vous mettez trop de temps à rembourser vos dettes ! » Témoin de la scène, ‘Umar bondit, furieux, pour intervenir, mais l'Envoyé de Dieu ﷺ l'arrêta net en lui disant : « Ne fais rien, ‘Umar ! Contente-toi de lui demander de parler poliment, et demande-moi de rembourser ce que je lui dois (quelques dirhams empruntés). » Entendant cela, le religieux juif dit : « Par celui qui t'a envoyé porteur de vérité, ô Muhammad, je n'étais pas vraiment venu dans le but de réclamer mon dû, mais uniquement afin d'éprouver ton caractère. D'ailleurs, l'échéance du prêt n'est même pas arrivée à terme. J'ai vérifié en toi tous les traits de caractère par lesquels tu es décrit dans l'Ancien Testament, hormis un. Il me restait à en vérifier un seul, à savoir que la douceur ne te quitte pas même dans la colère et que le mauvais comportement à ton égard ne fait qu'accroître ta mansuétude. Je viens de les vérifier et atteste donc qu'il n'y a de dieu que Dieu et que Muhammad est son Messager. Quant à ce que tu me dois, j'en fais don aux pauvres. » (rapporté par Ibn Hibbân, al-Tabarânî et al-Hâkim)